2ème CONGRÈS INTERNATIONAL (ICCAFFE2011)
Agriculture, Alimentation, Pêche Et Ecosystèmes : Réinventer la Recherche, l’Innovation et la Politique pour une Croissance Écologiquement et Socialement Équilibrée

19-21 mai 2011 | Hotel Palais des Roses, Agadir, Maroc

Publications

Organisateurs

  • CERES (auparavant Centre Nord-Sud de Recherches en Sciences Sociales (NRCS),Maroc

  • Coopération Technique Allemande(GTZ), Allemagne

 

Partenaires

  • Institut de Recherche pour le Développement (IRD), France

  • Compassion in World Farming, Grande Bretagne

  • Ministère de l'Agriculture et de la Pêche, Maroc

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Partenaires

Présentation

Contexte et Objectifs

 

Conférence de Copenhague sur le climat: Déception et résultats insatisfaisants

 

Le changement climatique constitue un thème particulièrement important sur les plans écologique, économique et géopolitique au 21esiècle. Il pourrait même être à l’origine de la réécriture de l'équation globale de la prospérité, du développement et de la paix, a déclaré Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations Unies, juste avant la Conférence de Copenhague sur le Changement climatique en Décembre 2009. Les résultats insatisfaisants de ce Sommet prometteur ont entraîné un sentiment de déception  dans le monde entier. La grande déception a résulté de l'échec de la Conférence d'arriver à une entente ayant force d’obligation pour faire face au changements climatique, surtout que les 191 pays, y compris un nombre sans précédent de chefs d'État, s’étaient réunis pour définir des objectifs à long terme par rapport au changement climatique et des cibles communes de réduction des émissions. L'ère post-Copenhague appelle donc à la réinvention des approches et des pratiques en matière de recherche, d'innovation et de politique. La Conférence d’Agadir sera une occasion propice pour stimuler le débat et les initiatives dans ce sens.

Crise alimentaire et fragilité de la gouvernance mondiale de la sécurité alimentaire 

La crise alimentaire, qui continue de secouer la communauté mondiale, a mis en évidence la fragilité de la sécurité alimentaire mondiale, la gravité des conséquences de la faim, et l'inefficacité des différentes politiques et programmes visant à assurer lasécurité alimentaire durable. Les crises économiques ont mis aussi en évidence à la fois la nécessité urgente et le potentiel pour le développement d’un système agro-alimentaire durable. Plus d'un milliard de personnes, soit un sur six dans le monde, n'ont pas accès à une nourriture adéquate et suffisante aujourd'hui. En 2050, il est prévu que la population mondiale atteigne 9,2 milliards, et la demande pour les produits agricoles devrait doubler. Dans les années à venir, les systèmes agro-alimentaires devront faire face à des contraintes croissantes liées à la rareté des ressources et au changement climatique, augmentant ainsi le risque de déficit de production. Bien que des progrès substantiels puissent être réalisés grâce à l'amélioration des technologies, des politiques, des infrastructures et des investissements, il faudra un niveau exceptionnel de collaboration entre les intervenants dans la chaîne de production agricole, et, notamment, entre les agriculteurs, les consommateurs, les gouvernements, les entreprises, la société civile et les organisations multilatérales.

En outre, l'élimination de la faim dans le monde apparaît essentielle non seulement pour des raisons éthiques et humanitaires, mais également pour ses implications sociétales. Elle apparaît effectivement comme une condition préalable au développement économique et social. Des événements récents ont aussi montré que la sécurité alimentaire était une condition nécessaire pour la paix et la sécurité mondiale. Malheureusement, malgré tous les engagements internationaux, les derniers chiffres sur la faim dans le monde et la malnutrition font apparaître que la situation actuelle est encore plus préoccupante que jamais. Et malgré les difficultés financières rencontrées par de nombreux pays concernés, les investissements agricoles et les filets de sécurité demeurent les éléments clés d'une riposte efficace contre l'insécurité alimentaire. Cependant, l’augmentation de la malnutrition, même avant les dernières crises alimentaire et économique, suggère que les solutions actuelles sont insuffisantes et que le droit à l'alimentation lié à la souveraineté alimentaire a un rôle important à jouer dans l'éradication de l'insécurité alimentaire.

Appauvrissement de la biodiversité marine mondiale: Implications en termes de sécurité alimentaire et de services écosystémiques

La mer couvre plus des deux tiers du globe et revêt une importance cruciale pour la diversité biologique, les activités commerciales (telles que la pêche et le tourisme), en plus de son rôle dans la régulation du climat. Malgré son importance cruciale pour la survie de l'Humanité en termes de sécurité alimentaire et de fourniture de services écosystémiques, la biodiversité marine mondiale et les stocks de poissons sont en danger à cause de la surexploitation, de la dégradation environnementale et des impacts du changement climatique d'origine anthropique. Pour inverser cette tendance, le Plan d'action issu du Sommet de Johannesburg avait déjà appelé à la création d'aires marines protégées. Cependant,  l'ampleur de la surpêche et de la pollution est souvent négligée dans les relations internationales, compte tenu des réclamations concurrentes de la déforestation, de la désertification, de l'exploitation des ressources énergétiques et d'autres causes d’appauvrissement de la biodiversité. La croissance rapide de la demande en poisson et en produits de la mer conduit en permanence à des prix de plus en plus élevés. De plus, les investissements dans le domaine de la pêche sont devenus de plus en plus attrayants pour les entrepreneurs et les gouvernements. Ceci se fait au détriment de la pêche artisanale, des communautés de pêcheurs du monde entier et de la biodiversité des écosystèmes marins.

Changement climatique, biodiversité végétale, et écosystèmes forestiers

 La perte de biodiversité s'accélère actuellement en dépit d'une convention mondiale engageant les gouvernements à enrayer son déclin. De nombreux experts affirment que le rythme de disparition des espèces et des habitats est de plus en plus élevé et qu’il est urgent de renforcer la recherche qui aide scientifiques et décideurs à mieux lutter contre ce phénomène. Consciente du défi, l'ONU a déclaré 2010 « Année internationale de la biodiversité (AIB) ». Tout au long de l'année, des initiatives seront organisées pour diffuser l'information, promouvoir la protection de la biodiversité et encourager toutes les parties concernées à prendre des mesures concrètes pour réduire la perte constante de la diversité biologique dans le monde entier.

Le lien entre les défis relatifs au changement climatique et ceux relatifs à la perte de biodiversité est désormais avéré. Le changement climatique sera un facteur important de l'érosion génétique dans l'avenir, menaçant à la fois la survie des espèces individuelles et perturbant l'interaction entre les différents éléments de la biodiversité et les systèmes agro-alimentaires. Or les écosystèmes fournissent des "services" - tels que la pollinisation, la fertilité des sols et la lutte biologique contre les plantes et les maladies des animaux - qui sont essentiels pour la production alimentaire. Les petits agriculteurs seront durement affectés par la modification desdits services. Cette perte irréversible de la biodiversité pourrait avoir des répercussions graves sur la sécurité alimentaire mondiale. Par conséquent, la conservation de la biodiversité pourrait contribuer à la sécurité alimentaire tout en aidant à l’adaptation de l'agriculture au changement climatique. Pour ceci, des efforts coordonnés doivent être entrepris au niveau national et international.

En outre, l'écosystème forestier est actuellement considéré comme un facteur clé pour le bien-être en milieu rural (en particulier pour les populations rurales qui dépendent des services des écosystèmes forestiers) et l'atténuation du changement climatique. Comme les forêts permettent d'importantes concentrations de carbone, la déforestation et la dégradation des forêts sont aussi un facteur contribuant à l'accélération du processus de changement climatique. La capacité des forêts à stocker le carbone ne dépend pas seulement de la quantité, mais aussi de la qualité du couvert végétal: cette capacité est de 25 à 50 fois plus élevée pour une forêt naturelle par rapport à une monoculture. Le changement climatique lui-même exerce des pressions supplémentaires sur les écosystèmes forestiers: dans ce sens, la région méditerranéenne est considérée comme l'une des zones les plus vulnérables (par exemple, le Maroc a perdu entre 1960 et 2007 une moyenne annuelle de 0,05 pour cent de la superficie forestière totale en raison des incendies).

En termes généraux, la conservation de la biodiversité terrestre, aquatique et marine et la restauration des écosystèmes dégradés est une exigence pour la réalisation des objectifs globaux de la Convention sur la diversité biologique et de la Convention des Nations-Unies sur le changement climatique, parce que les écosystèmes jouent un rôle clé dans le cycle mondial du carbone et l'adaptation au changement climatique. Par ailleurs, ces écosystèmes offrent un large éventail de services écosystémiques qui sont essentiels pour le bien-être et la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

Objectifs

Après le succès du Congrès International 2009 « L’Intégration de l’Agriculture durable, du Développement Rural et des Écosystèmes au Défi des Crises Alimentaire, Climatique et Énergétique Mondiales », qui a eu lieu à Agadir en novembre 2009, cette deuxième édition a pour objectif de permettre le débat dans le contexte des thématiques présentées ci-dessous en prenant en compte les avancées récentes.

ICCAFFE2011 est l'un des rares forums mondiaux à mettre l’accent sur le climat, l'agriculture, la sécurité alimentaire, la pêche et les écosystèmes selon une approche interdisciplinaire et une perspective Nord-Sud. Il vise à réunir des participants originaires de différentes contrées pour partager les résultats de leurs recherches et expériences pertinentes; contribuer à la conception des agendas de la recherche et de la décision de demain ; et explorer les possibilités de réseau en relation avec les thématiques retenues. Les participants aborderont également les lacunes des connaissances actuelles ; présenteront les résultats des initiatives de recherche aux décideurs; apporteront une contribution significative à la construction des futurs possibles et les priorités inhérentes, et exploreront la voie à suivre dans un monde où les défis sont de plus en plus visibles et les actions correctives de plus en plus requises.

Public cible

Sont concernés les chercheurs et experts originaires du Nord et du Sud relevant de différents champs disciplinaires, à savoir: le droit, l’économie l'écologie, l’agronomie, la météorologie, la biologie, la biotechnologie, les sciences de l'agriculture et de l'alimentation, la sociologie, l’anthropologie, la géographie, l’aménagement du territoire, la modélisation, les sciences de la mer, etc. Afin d'enrichir et d'élargir les échanges, des intervenants relevant d’autres domaines (en particulier les organisations professionnelles, les organismes de développement, de conseil et de services, les décideurs politiques, ONG, entreprises, etc.) sont conviés.

Thèmes clés

1. Changement climatique, sécurité alimentaire et agriculture

Les projections montrent que la production alimentaire mondiale sera l’une des activités humaines les plus affectées par le changement climatique. Elles indiquent que la croissance de la production alimentaire globale et celle de la population mondiale pendant les prochaines décennies pourraient être déséquilibrées. Le changement climatique pourrait aggraver les disparités régionales en réduisant le rendement des récoltes dans les terres situées aux latitudes inférieures où beaucoup de pays en voie de développement sont situés. Des stratégies pour permettre l’adaptation des capacités locales sont nécessaires afin de minimiser les impacts du climat et maintenir une stabilité régionale de la production alimentaire. Dans le même temps, l’agriculture apparaît comme un secteur qui offre différentes opportunités pour atténuer les émissions de gaz a effet de serres qui sont directement liés à la production agricole.

 

Selon le GIEC, des milliards de personnes devront s’attendre à faire face à des variations de la configuration des pluies dans les prochaines décennies, en particulier dans les pays en développement. Cela aura pour conséquence d’importantes pénuries d’eau, ou des inondations. La hausse des températures engendrera pour sa part un décalage des saisons de croissance des cultures. En conséquence, on assistera à une aggravation de la pénurie en nourriture et une distribution des vecteurs de maladies, et les populations seront à leur tour exposées à de plus grands risques sanitaires. 

Il ne suffirait que d’un seul désastre affectant le climat, l’eau, ou la météo, pour réduire à néant des années de gains en développement économique. De plus, les changements climatiques auront pour résultat une augmentation de l’insécurité alimentaire, plus particulièrement pour les personnes disposant de peu de ressources dans les pays en développement, et qui ne peuvent subvenir à leurs besoins alimentaires par l’intermédiaire du marché, qui est hors de leur portée. Par conséquent, les communautés doivent absolument se prémunir face à la possibilité des crises alimentaires, par une utilisation judicieuse de leurs ressources afin de préserver leurs moyens de subsistance et leurs biens. Il est donc impératif d’identifier et d’institutionnaliser des mécanismes qui permettent aux plus démunis d’être mieux armés face aux impacts du changement climatique. Ceci implique une approche participative et une réponse aux problématiques issues de l’interaction entre la sécurité alimentaire, le changement climatique, ainsi que l’agriculture et le développement durable.

 

2. L’adaptation au changement climatique dans le cadre d’une perspective agro-alimentaire

 

Tous les systèmes sociaux et environnementaux qui sont sensibles au climat, incluant l’agriculture, les réserves en eau (l’eau est en train de devenir le nouveau pétrole et l’agriculture est l’un des domaines clés dans lequel cette ressource importante est inégalement répartie), la foresterie, la santé humaine, les habitations en zones côtières, et les écosystèmes naturels, devront tous s’adapter au climat changeant, sous peine de souffrir des effets négatifs du changement climatique. Cependant, il faut s’attendre à ce qu’il y ait un certain degré de changement climatique peu importe avec ou sans la mise en place de sévères mesures environnementales.

L’adaptation au changement climatique va donc devenir une nécessité dans certaines régions et pour certains systèmes socioéconomiques et environnementaux. Les mesures d’adaptation peuvent grandement varier : on peut par exemple investir dans une protection contre les inondations, varier le type de graines que l’on plante, investir dans des systèmes d’avertissements météorologiques, etc. Ces interventions doivent être entreprises par les producteurs, les industries, ainsi que par les décideurs, sous peine de ne pas produire les résultats escomptés. Néanmoins, l’adaptation risque de ne pas être suffisante pour faire face à l’amplitude croissante de certains effets prévus du changements climatique, surtout à long terme. Ainsi, il faudra miser sur une combinaison de l’atténuation du changement climatique couplée à une adaptation à ce dernier.

 

Le changement climatique représente autant un risque qu’une opportunité pour les producteurs. Il y a de fortes chances qu’il contribue à la réduction de l’activité agricole, mettant à risque le rendement des cultures et la qualité des graines dans bon nombre de régions, menant ainsi à une instabilité économique et sociale. Dans beaucoup de pays, les fermiers prennent déjà des mesures afin d’y faire face, mais son amplitude et la complexité de certains évènements soudains qui lui sont liés (tempêtes violentes, changements dans la configuration des pluies, arrivée de nouvelles vermines et maladies), mettent à rude épreuve leur capacité d’adaptation. Les activités d’adaptation relatives à la gestion des terres cultivées peuvent simultanément démontrer des résultats mitigés, comme les cultures et les activités fermières par rotation et plus diversifiées. La gestion des terres cultivées et des pâturages a aujourd’hui le plus haut potentiel d’atténuation biophysique global de l’agriculture.

 

3. L’innovation pour faire face aux défis posés par le changement climatique

Dans ce scénario complexe et dynamique, où les niveaux de croissance de la population et ceux de la demande alimentaire doivent être considérés comme un aspect crucial, un cadre politique qui stimule et protège convenablement tout en récompensant l’investissement dans la recherche, l’innovation et la technologie, est essentiel et doit permettre de relever avec succès les défis posés par le changement climatique.

L'innovation jouera un rôle essentiel dans la réduction des émissions et l'adaptation au changement climatique par rapport à l'agriculture. Les technologies, les pratiques de gestion et les approches d'accroissement de rendement peuvent apporter une contribution substantielle à la préservation de l’environnement en réduisant les demandes pour les terrains non cultivés. L'innovation et la diffusion des technologies innovatrices exigent, notamment, des marchés libres et un cadre de normalisation permettant la protection pertinente des droits de propriété intellectuels.

 

4. Agriculture durable et renforcement des capacités

L’agriculture durable répond simultanément aux objectifs environnementaux, économiques et sociaux. La durabilité économique requière des entreprises profitables et une planification financière intégrée. La durabilité sociale requière pour sa part une circulation d’argent au sein de l’économie locale, et le maintien ou l’amélioration de la qualité de vie pour la famille des producteurs agricoles. La durabilité environnementale nécessite finalement que les quatre processus des écosystèmes soient en bon état (circulation d’énergie, cycle de l’eau et des minéraux, ainsi qu’une dynamique viable). Chaque décision peut faire une différence et contribuer à l’avancement du système dans sa totalité, au sein du « continuum de l’agriculture durable ». Dans cette perspective, le renforcement des capacités revêt une importance toute particulière, et devrait être intégré de manière systématique à tous les niveaux de production. Néanmoins, dans les pays pour lesquels l’agriculture représente le secteur dominant, ce renforcement systématique des capacités de production devrait aller de paire avec un renforcement des capacités en science et en ce qui à trait à la technologie dans le secteur agricole, afin d’arriver à des résultats tangibles, surtout dans les domaines considérés comme prioritaires.

Le processus du renforcement des capacités doit être accompagné d’une amélioration à l’accès à l’information, comme; l’information agronomique, les mises à jour des prix et de la météo, afin de donner aux fermiers la possibilité d’utiliser leurs connaissances et de maximiser leur productivité. Dans la mesure où les dommages environnementaux peuvent être causés par une utilisation déséquilibrée et irresponsable des engrais, de l’eau, des agents fertilisants, ainsi que par une utilisation excessive des nutriments, il est d’une extrême importance que l’on inculque aux producteurs agricoles de saines mesures de gestion d’agro-écosystèmes, par le truchement de programmes intégrés de renforcement des capacités qui seront plus à même de favoriser une agriculture durable. 

 

5. Le lien entre les biocarburants et le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire 

L’agriculture fait à la fois partie de la cause et de la solution au changement climatique. Les changements d’affectation des terres et l’agriculture contribuent à près d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre, mais ils présentent également l’opportunité de réduire le dioxyde de carbone par les mécanismes de séquestration du carbone, et permettent également la production de biocarburants. L’expansion de la production agricole de sources d’énergie présente des implications vastes et complexes. La production de biocarburants renforce le lien entre l’énergie et les secteurs agricoles, en interagissant avec la sphère politique, le niveau social, économique, et environnemental. Elle a également un impact sur les ménages, les entreprises, et le secteur privé. Par conséquent, l’optimisation de la production de biocarburants en terres marginales pour garantir la production alimentaire, pourrait être envisagée comme l’une des solutions possibles au changement climatique.

 

6.    La biodiversité marine et la gestion des pêcheries orientée sur les écosystèmes 

Les ressources marines diminuent dangereusement en raison de différents facteurs, dont les pêches excessives, la pollution et le réchauffement global. Cette raréfaction de la ressource est particulièrement préoccupante dans les pays du sud, où le poisson constitue une source de revenu pour des millions de personnes, et apparaît comme étant d'importance majeure en termes de sécurité alimentaire. Bien que les océans aient été considérés inépuisables pendant le siècle dernier, beaucoup de signes montrent désormais le déclin des ressources halieutiques. Localement comme globalement, la conclusion paraît identique : les activités de pêche semblent avoir atteint leur potentiel maximum. Dans ce contexte, la recherche scientifique a un rôle essentiel à jouer, notamment du fait des lacunes persistantes sur cette thématique, car la concentration des efforts de recherche sur le fonctionnement des écosystèmes marins reste récente. Les activités de pêche ont un impact certain sur la protection des espèces marines et plus globalement sur les écosystèmes marins dans leur intégralité. Il y a désormais un besoin urgent de techniques de gestion qui prennent en compte les impacts des pêches sur l’écosystème dans sa globalité. Les pratiques actuelles trop souvent basées sur les politiques à court terme retiennent des arguments liés au profit économique et s’attachent peu à la durabilité des ressources marines et des écosystèmes. 

 

7.  Remettre en question le système agro-alimentaire dans le contexte du changement climatique 

La majorité d’habitants de la planète vit dans une seule unité de logement et n’achète pas régulièrement de grandes quantité de métaux, de bois ou de plastique. Néanmoins c’est par ce biais de l’alimentation, et plus précisément par la circulation globale des aliments qu’est déterminée en grande partie la manière dont les ressources planétaires sont utilisées. Les interactions multiples entre l’agriculture, la nourriture et les écosystèmes deviennent de plus en plus évidentes. Par exemple, la consommation croissante de viande par les êtres humains devient une préoccupation de plus en plus importante, les populations d’animaux d’élevage augmentent à un rythme plus élevé que celui des populations humaines - avec des conséquences importantes en terme de réchauffement climatique. Le bétail contribue aujourd’hui à 18 % du réchauffement climatique, ce  qui représente une part probablement plus importante que celle du transport. De surcroit, le bétail est considéré comme le principal responsable du défrichement et de la perte de la diversité.

 

8.  Les impacts de la nourriture sur le climat et la nécessité d’une consommation « verte »

La grande majorité de nos consommations (aliments, vêtements, logement, agriculture, transports, technologie, vacances, etc.), dépendent d’une utilisation continuelle des carburants fossiles. L’augmentation des standards de la qualité de vie, la meilleure croissance économique et la hausse de la consommation continuent de représenter un idéal que tous cherchent à atteindre. Dans ce contexte, les défis du réchauffement climatique conscientisent peu à peu les politiciens et autres dirigeants de nos industries. Néanmoins, cette conscientisation demeure superficielle, et se limite souvent à trouver des alternatives aux émissions de gaz carbonique, qui ne sont en réalité qu’un symptôme, plutôt que la racine du problème. Pour traiter ce symptôme, les décideurs sont à la recherche de biocarburants pour remplacer les combustibles fossiles. Ils recherchent une solution technologique pour identifier de nouvelles sources d’énergie. Leur désir le plus profond est de maintenir la consommation à son niveau actuel, mais de se tourner vers de soit-disant « sources d’énergie durables ».

 

9.  Le changement climatique, la conservation des écosystèmes et de la biodiversité

La biodiversité en général et l’agro-biodiversité en particulier sont à la base de la survie de l’humanité. Nous sommes dépendants des services écosystémiques rendus par la nature. Beaucoup de ces services sont cependant considérés comme des biens publics et ce faisant n’ont pas de prix de marché. En conséquence, leur perte n’est souvent pas détectée par nos systèmes économiques actuels. De nombreuses pressions comme la croissance de la population, l’urbanisation et le changement climatique causent des dommages additionnels à la conservation des écosystèmes et contribuent à accélérer leur dégradation et le déclin de la biodiversité. La conscience de la perte de la biodiversité et les conflits dans l’utilisation des services environnementaux soulignent le besoin d’une gestion rationnelle des ressources naturelles dans les zones sensibles qui prennent en compte à la fois les besoins environnementaux et les besoins humains. Il est, désormais, essentiel d’attacher une attention particulière aux bénéfices sociaux et économiques de la biodiversité afin de souligner les risques liés au déclin de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes, ce qui implique de favoriser la recherche dans les domaines des sciences naturelles, économiques et politiques afin de promouvoir des actions politiques dans ce sens.

10. Une gestion proactive et coordonnée des politiques

 

Une réponse rapide, coordonnée et multidisciplinaire est nécessaire pour appréhender le changement climatique, la perte de la biodiversité et l’insécurité alimentaire. Cette réponse devrait être adaptée aux circonstances locales et intégrer les effets de la sécurité alimentaire sur les facteurs non-climatiques comme le prix de l’énergie, les prix alimentaires et la production d’énergies alternatives. Cette approche devra associer des stratégies d’adaptation qui visent à réduire la vulnérabilité des plus pauvres au changement climatique. L’équation de l’alimentation mondiale est en train d’être modifiée et implique des modifications non seulement dans les thématiques agricoles et énergétiques mais aussi en matière sociale, environnementale et sécuritaire. Le besoin de réponse implique de combiner des démarches scientifiques, institutionnelles et d’innovations politiques qui devraient être prises en compte dans les stratégies mondiales, régionales et nationales.